Se préparer à la vie en logement autonome : Accompagner un proche autiste ou ayant une déficience intellectuelle dans sa transition hors du foyer familial

Introduction

Toute transition amène son lot de stress et d’inquiétudes, surtout quand on parle d’une transition aussi grande que celle de quitter le nid familial. Toutefois, il est possible de réussir une transition harmonieuse et épanouissante. Pour y arriver, il faut garder en tête que transition rime (presque) avec changement, mais aussi avec préparation et adaptation. Dans ce texte, je vous donne 5 clés pour mieux préparer la transition en logement hors du foyer familial pour les adultes vivant avec une déficience intellectuelle ou les adultes autistes.

5 clés pour l’accompagnement

  1. Planifier la transition

    Une bonne transition, ça se planifie ! En se préparant à l’avance, on s’assure de préparer le mieux possible la transition et ainsi limiter l’impact de cette chose si dérangeante qu’est l’imprévu. Planifier implique plusieurs choses. Tout d’abord, c’est encourager l’indépendance de la personne en pratiquant les tâches qu’elle aura à accomplir dans sa vie à l’extérieur du domicile familial, mais aussi en participant aux décisions qui la concernent. C’est aussi d’être à l’écoute de ses inquiétudes, de ses désirs et de ses questions. Cela permet de la rassurer et de faciliter la transition. 

    Planifier, c’est aussi de s’informer : s’informer des options résidentielles, mais aussi des ressources et des outils disponibles. C’est pourquoi il est important d’être en contact avec d’autres parents et proches aidants. Vous pouvez par ailleurs bénéficier d’accompagnement et de conseils dans cette planification de la part des personnes intervenantes auprès de votre fils ou de votre fille, qu’elles proviennent du réseau de la santé, de l’éducation ou d’organismes spécialisés de votre communauté, comme Vivre Grand. On peut également planifier les règles de la nouvelle réalité et les rôles de chacun : peut-on visiter quand on veut ? Le rôle de support du proche aidant a-t-il changé ? Si oui, comment ? Ce sont toutes des questions importantes à poser pour être certain que tout le monde envisage cette transition de la même manière.à

  2. Les étapes de la transition

    Pendant que nous mettons en place les éléments de la planification, il est possible de débuter la transition. La première étape de la transition est d’imaginer le projet : l’endroit, les décorations, l’horaire, etc. Cela permettra à la personne de concrétiser son projet et d’apaiser l’impact du changement à venir. Ensuite, il est important de regarder le budget. Qu’est-ce que la personne peut se permettre comme habitation ? Est-ce qu’on doit faire des démarches d’inscription à un programme ? Quel argent de poche lui reste-t-il ? Le budget permet non seulement de cibler les dépenses et de planifier le tout en conséquence, mais aussi de responsabiliser la personne face à ses dépenses et son revenu. Même si la personne ne sait pas lire ou compter, il est important de l’impliquer pour développer ce réflexe de participer aux aspects de sa vie qui la responsabilisent.

    Après le budget vient la préparation : c’est le moment de s’inscrire à des formations ou à des rencontres préparatoires. À cette étape, le projet commence à devenir beaucoup plus concret ! Ensuite vient la planification plus précise, où l’on commence à préparer le changement : trier les effets personnels et les emballer, faire les achats nécessaires, discuter de la logistique de l’emménagement, choisir la date, etc. Puis arrive l’emménagement, une étape concrète souvent marquée par une journée mouvementée ! On y gère les imprévus et on essaie de s’en tenir au plan autant que possible. Après l’emménagement vient la période d’adaptation. Cette étape est cruciale, car c’est à ce moment que l’adulte va apprivoiser son nouveau chez-soi. Cette étape varie en temps selon la personne et est remplie de haut et de bas. Il peut y avoir de la régression à certains moments ou dans certains aspects de l’autonomie et c’est tout à fait normal. Par exemple, il se peut que la personne reste dans son appartement de jour et retourne dormir au domicile familial le soir ou requière la présence d’un proche pour les premières nuits d’adaptation. Loin d’être un échec, cette présence rassurante permet à l’adulte de s’adapter et de s’approprier son nouveau chez-soi à son rythme. Il est important de respecter le rythme de la personne et d’être à l’écoute. À cette étape, ce n’est pas que l’adulte qui s’adapte, c’est le parent ou le proche aidant aussi ! Donnez-vous du temps pour naviguer à travers cette nouvelle réalité. Finalement, la dernière étape, le maintien, est une étape en continu où il peut aussi y avoir des moments plus difficiles. Toutefois, il s’agit d’une étape importante, où le rôle du parent ou du proche aidant évolue au même titre que la personne elle-même. 

  3. Le lâcher-prise

    Le lâcher-prise est un levier de changement qui consiste à laisser de côté ce qui vous empêche de bien aller. C’est accepter d’accueillir le nouveau. On dit souvent qu’il faut lâcher-prise sur certaines choses, mais il peut être difficile d’y parvenir. C’est parce que ce concept est intimement lié à un autre concept important : le contrôle. 
    Lâcher prise signifie accepter de ne pas tout contrôler et de risquer de se tromper. C’est accepter que la personne puisse prendre des décisions qui peuvent diverger de celles du proche, et de lui laisser une partie du contrôle.

    C’est aussi un processus conscient qui demande de l’attention et un certain effort. C’est d’accepter de changer une habitude, il faut se donner le temps ! Cela ne veut toutefois pas dire d’abandonner ou de se résigner. L’objectif est plutôt d’identifier ce qui nous tire vers le bas et génère des angoisses, pour ne garder que ce qui est réellement important pour nous. 

  4. L’autodétermination

    L’autodétermination est un concept clé lorsqu’on parle d’épanouissement des personnes ayant des besoins particuliers. Dans une optique de transition, l’autodétermination joue un grand rôle non seulement dans le développement de l’autonomie, mais aussi dans l’adaptation au changement comme le mentionne cet article de la Chaire Autodétermination et Handicap. L’autodétermination, c’est exercer du contrôle sur sa vie et sur la prise de décision qui nous concerne. Ce n’est pas de tout faire seul, mais c’est de choisir son accompagnement et d’être en mesure de demander de l’aide par soi-même, plutôt que de se la faire imposer. Il s’agit aussi de donner l’opportunité à la personne d’essayer des choses et de risquer de se tromper plutôt que de le faire à sa place et qu’aucun apprentissage n’en ressorte. L’autodétermination constitue également un facteur important dans le développement de la confiance et de l’estime de soi. Plus on est autodéterminé, plus on développe une bonne confiance en ses choix et en ses capacités. En tant que proche aidant, il est important d’accompagner et guider la personne dans ses choix, sans les imposer.  

  5. Le risque

    Comme mentionné plus haut, l’autodétermination demande à la personne de faire des choix et de potentiellement se tromper. Ce risque à prendre est important. Mais attention : on ne parle pas de n’importe quel risque ni de prendre tous les risques ! On parle ici de risque dit acceptable. Comme mentionné dans ce blogue de la Chaire Autodétermination et Handicap, c’est le risque qui apparaît raisonnable de prendre pour permettre à une personne de s’autodéterminer. Afin de rendre ce risque acceptable, certains apprentissages pourront être réalisés ou des moyens de communication mis en place. Dans ce type de risque, les gains sont plus élevés et importants que les pertes éventuelles.

    Par exemple, laisser la personne faire son épicerie seule. Il se peut que la première épicerie ne soit pas équilibrée ou que le montant soit trop élevé, mais le simple fait d’y être allée seul va tout de même lui permettre de faire des apprentissages. Il sera ensuite possible de discuter ensemble des meilleurs choix à faire pour adopter une alimentation équilibrée. 

Conclusion

En conclusion, la transition en logement hors du foyer familial peut être stressante et remplie de questionnements. Toutefois, quand on prend le temps de bien la planifier, d’impliquer l’adulte, de favoriser l’autodétermination et de prendre des risques acceptables, elle devient une expérience incroyable, remplie de fierté et de belles réussites ! Pour continuer de parfaire vos connaissances en lien avec la vie en appartement et sa transition, le Balado Bienvenue chez moi de Vivre Grand aborde certains aspects grandement pertinents. Restez à l’affût : la saison deux sera bientôt disponible !      

Article rédigé par Vivre Grand.